Au début, il y a une page google : la dernière recherche effectuée le 8 mars
2025 à 18h55 par une certaine Romane Monnier se renseignant sur un bar où elle
s’est rendue le soir même, abandonnant subrepticement son portable aux bons
soins de son voisin, un inconnu pour elle.
Romane Monnier est PARTIE.
La jeune femme a disparu, en laissant des traces, numériques en l’occurence.
Cela commence par un hasard donc, un mystérieux échange de portables qui éveille la curiosité et crée un certain suspens que Delphine de Vigan déroule
jusqu’au bout du récit.
Qui est Romane Monnier, sa disparition est-elle volontaire, pourquoi ne peut-on plus
la joindre, quelle était sa vie, son état psychique, son milieu social, son origine
familiale ,sa vie sentimentale, ses relations amicales, ses fréquentations … ce sont
les questions auxquelles Thomas, l’inconnu du bar, celui qui se retrouve avec le
fameux portable entre les mains, est confronté.
L’histoire de Thomas : il a environ quarante ans, vit à Paris où il a un atelier de
reprographie, a une fille devenue jeune adulte, qu’il a élevée seul car sa compagne
est PARTIE sans explications en lui laissant la charge de l’enfant.
Il a eu une adolescence plutôt solitaire et triste, des traumas, la mort de sa mère de
maladie, le suicide de son père.
Autant de proches de Thomas qui sont « PARTIS » de manière soudaine et brutale.
Explorant l’appareil qu’on lui a légué, exploitant toutes ses fonctions,
parcourant les diverses applications, Thomas part sur les traces de Romane
Monnier. Le smartphone de la jeune femme devient comme « un aimant » : « Quelque chose en lui s’est allumé qu’il ne peut ignorer. Il est entré dans la vie de
quelqu’un d’autre et il n’est pas sûr de vouloir en sortir » (p.55)
Peut-être est-ce une façon de voir sa propre vie en miroir… car Thomas et Romane
ont en commun, une certaine mélancolie, un certain désenchantement , une fragilité.
Au-delà de l’évocation de l’aliénation de l’époque parfaitement illustrée par
l’addiction au smartphone, « Je suis Romane Monnier » est un roman sur un aspect
essentiel de la solitude contemporaine.
Delphine de Vigan établit une échelle d’empathie : c’est l’empathie de Thomas pour
Romane Monnier qui fait naître l’empathie du lecteur pour une jeune femme, sans
doute hyper sensible, certainement déçue dans sa quête d’authenticité.
« Je suis Romane Monnier » est le portrait intime d’une jeune fille d’aujourd’hui.
C’est une photographie représentative d’une génération, celle que l’on dénomme la
génération Z « Gen Z », première génération vraiment « digital native » qui n’a pas
connu le monde sans internet, smartphone et réseaux sociaux.
En cela, Romane Monier est, par de nombreux aspects, une héroïne emblématique
de l’époque.
(Présentation : Tiziana Champey)